Quelle est l'origine du nom du quartier Saint-Jean à Villeurbanne ?
Question d'origine :
Quelle est l'origine du nom du quartier Saint-Jean à Villeurbanne ?
Est-ce bien dû au fait que ces terrains appartenaient autrefois au chapitre de la cathédrale Saint-Jean de Lyon ?
Réponse du Guichet
Le quartier Saint-Jean de Villeurbanne, qui s’est développé sur la frange orientale de cette commune, a d'abord été une étendue de terres rurales cultivées, mais inondables, longtemps ballottées entre des bras fluviaux instables. À la fin du 19e siècle, la construction d'une digue "insubmersible" et l'inauguration du canal de Jonage viennent dessiner une double frontière qui sépare le quartier du reste de la ville.
Selon l'historien Alain Belmont, le nom du quartier tire certainement son origine des chanoines du chapitre de la cathédrale Saint-Jean de Lyon, qui possédaient des parcelles de terres dans le secteur mais pas l'ensemble de ce secteur. L'historien s’appuie sur le parcellaire de 1698 conservé dans les archives de Villeurbanne et le cadastre de 1812 prouvant que les chanoines n’étaient plus propriétaires de ces parcelles au plus tard en 1812.
Nous vous indiquons ci-dessous les références de plusieurs types de sources documentant l'histoire foncière, sociale et urbaine de ce quartier. Nous consulterons demain à la BmL le livre "Villeurbanne [Livre] : 27ème ville de France : histoire des rues, histoire des noms / Bruno Permezel" afin d'en savoir plus et vous tiendrons au courant d'éventuelles informations supplémentaires.
Bonjour,
Vous souhaitez connaître l'origine du nom du quartier Saint-Jean à Villeurbanne : ces terrains appartenaient-ils autrefois au chapitre de la cathédrale Saint-Jean de Lyon ?
Les chanoines de Saint-Jean qui formaient une institution ecclésiastique, le chapitre de la cathédrale, assuraient notamment le service religieux et administraient les affaires du chapitre. À Lyon, ils étaient appelés les chanoines-comtes de Lyon. L’inventaire des Archives du Rhône décrit un corps de 32 chanoines, dont neuf dignitaires chargés de fonctions particulières. Pour en savoir plus, vous pouvez lire : Hervé Chopin. Histoire des chanoines-comtes de l’Eglise de Lyon. Jean-Dominique Durand; Nicolas Reveyron; Didier Repellin. Lyon, La Grâce d’une cathédrale, 2011.
Le Webdocumentaire « Vu de Saint-Jean » (Le Rize, Ville de Villeurbanne et Petit Homme, 2012) donne accès à des contenus audios sur le passé du quartier villeurbannais "Saint-Jean" ainsi qu'à des plans de ce dernier depuis 1823 :
Saint-Jean, le plus petit quartier de Villeurbanne, a d'abord été une étendue de terres cultivées, mais inondables, longtemps ballottées entre des bras fluviaux instables. À la fin du 19e siècle, la construction d'une digue "insubmersible" (actuellement le périphérique Laurent-Bonnevay) et l'inauguration du canal de Jonage viennent dessiner une double frontière qui sépare le quartier du reste de la ville, alors qu'un bras du fleuve (anciennement l'île du Mens) qui marquait la limite avec Vaulx-en-Velin disparaît. La maîtrise des débordements du Rhône à partir des années 1950 va permettre une urbanisation du quartier qui se fera de manière composite, mêlant grands ensembles de logements sociaux, pavillons individuels, jardins ouvriers, entreprises et terrains de sport [...]
Le Rize a souhaité recueillir les paroles de ceux qui habitent ce quartier, y travaillent et y font des projets, et les rassembler dans un webdocumentaire : une enquête journalistique interactive. Explorant ainsi une nouvelle forme de mise en récit de la ville, le public est invité à composer sa propre narration, comme une promenade à Saint-Jean. Ce webdocumentaire est une invitation à prendre le temps d'écouter ce dialogue entre un quartier et sa ville, porté par ceux qui constituent le quartier, son passé, son présent et surtout son avenir.
Le quartier Saint-Jean de Villeurbanne, s’est effectivement développé sur la frange orientale de Villeurbanne, dans un paysage marqué par la proximité du Rhône et par des terrains longtemps ruraux :
Il est un fils du Rhône. La grande boucle qui marque sa frontière d'avec Vaulx-en-Velin, reproduit le méandre que le fleuve dessinait à cet endroit au Moyen Âge. Villeurbanne avait alors un port, juste en contrebas de Cusset, et les bateaux passaient nombreux sur les eaux saint-jeannaises. Mais le Rhône, capricieux, opta pour un autre tracé. En 1325, lors d'une crue catastrophique, il déplaça son lit au nord de Vaulx-en-Velin. Le méandre devint un bras secondaire puis se mua en marais, sur lequel les Villeurbannais menèrent paître leurs troupeaux. Le fleuve n'en avait pas pour autant fini avec Saint-Jean. Il s'invita sur son territoire au moindre débordement, empêchant pendant longtemps toute habitation humaine. Saint-Jean et ses différents lieux-dits, l'île du Mens, En Iter, Les Ferratières, Le Derontay et Le Roulet, demeurèrent voués aux champs cultivés, aux prés et même à quelques vignes.
Source : L'HISTOIRE - Saint-Jean, le quartier né du Rhône (Viva, 1er avril 2020, par Alain Belmont, historien).
Selon Alain Belmont sus-cité, le parcellaire de Villeurbanne de 1698 montre que des parcelles du secteur appartenaient à plusieurs propriétaires : surtout des paysans, mais aussi à la commune, au seigneur de Vaulx et aux chanoines de la cathédrale Saint-Jean de Lyon, certainement à l’origine du nom "Saint-Jean". Les chanoines n'étaient donc pas propriétaires de tout le territoire du quartier. En revanche, le cadastre de 1812 indique que la noblesse et l’Église ont cédé leur place à des Villeurbannais cossus et à des bourgeois lyonnais :
En 1698, lorsqu'est rédigé le premier cadastre de Villeurbanne, ces parcelles appartiennent à une multitude de petits propriétaires, 35 en tout, pour la plupart paysans de Villeurbanne, ainsi qu'à la commune elle-même, détentrice des marais de l'ancien méandre. L'on trouve aussi quelques notables à la tête de plus vastes terrains, comme le seigneur de Vaulx-en-Velin ou M. Decerf du Croze, et surtout les chanoines de la cathédrale Saint-Jean à Lyon, certainement à l'origine du nom du quartier.
Un siècle plus tard, en 1812, le tableau reste le même, la noblesse et l’Église ayant seulement cédé leur place à des Villeurbannais cossus et à des bourgeois lyonnais.
Source : L'HISTOIRE - Saint-Jean, le quartier né du Rhône (Viva, 1er avril 2020, par Alain Belmont, historien).
Nous vous invitons à consulter le livre d'Alain Belmont : Villeurbanne [Livre] : 2000 ans d'esprit d'indépendance, 2015.
Les chanoines n’étaient donc plus propriétaires de ces parcelles au plus tard en 1812. Le transfert s’inscrit vraisemblablement dans les ventes révolutionnaires. Le Plan du 1er septembre 1823 de ce qui sera le quartier Saint Jean, 70 ans avant construction du canal, est visible dans la synthèse historique de Viva, mais également en ligne sur le site du Rize+.
Les Archives municipales de Villeurbanne ont en effet numérisé une grande partie de leurs collections cartographiques. Vous pouvez ainsi explorer la plateforme numérique dédiée Le Rize+ Cartes et Plans. Le registre parcellaire de 1698 ne semble pas consultable à distance, ni le plan cadastral et matrices de 1812. Pour les consulter, nous vous invitons à vous adresser aux Archives municipales de Villeurbanne, installées au pôle de recherche et de culture Le Rize. Outre ces plans, vous pourrez consulter au Rize, des documents municipaux et des dossiers sur l’évolution du quartier Saint-Jean de Villeurbanne.
Nous conservons à la BmL un ouvrage sur l'histoire toponymique des rues de Villeurbanne : Villeurbanne [Livre] : 27ème ville de France : histoire des rues, histoire des noms / Bruno Permezel ; avec la collaboration de Marcel Avet, 1994. Etant aujourd'hui en télétravail, nous vérifierons demain si cet ouvrage donne plus d'éléments sur l'histoire toponymique du quartier Saint-jean de Villeurbanne, et vous tiendrons au courant.
Aller plus loin avec les collections de la BmL
Le recueil de Sébastien Charléty, Documents relatifs à la vente des biens nationaux dans le département du Rhône (1906) comprend des inventaires des biens du chapitre de Saint-Jean.
Villeurbanne [Livre] : naissance et métamorphose d'une banlieue ouvrière, processus et formes d'urbanisation / Marc Bonneville, 1978.
Villeurbanne mon village, de A à Z [Livre] / Bernard Jadot, 2000.
Vous pouvez lire également la thèse : La fabrique matérielle et symbolique de la ville : le cas de Villeurbanne de 1900 à 1950. Histoire. Ecole normale supérieure de lyon - ENS LYON, 2014.
Bien à vous